[CORSE]: La Costa Serena, 8000 ans d’histoire entre terre et mer

La Costa Serena, aussi appelée la Plaine d’Aléria se situe à mi-chemin entre Bastia et Porto-Vecchio. C’est une micro-région très agréable où l’on peut pleinement profiter des merveilles de la nature: sommets enneigés, vignes ou encore bord de mer. Nous y étions l’an dernier en mars, donc le temps était un peu instable, mais nous avons saisi un rayon de soleil pour nous approcher de l’Etang d’Urbino.

L’étang d’Urbino, avec ses 750 hectares, est le deuxième plus grand de Corse après Biguglia. Il est alimenté par les ruisseaux et la mer, et est fermé par un cordon littoral peuplé de chênes verts et de pins maritimes. Autour de l’étang, ce sont principalement des petits marais qui offrent une belle diversité écologique. Il est d’ailleurs inscrit en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique). C’est le lieu idéal pour l’observation des oiseaux et on peut même y voir des espèces rares et menacées ainsi que des espèces en reproduction. Vous pouvez croiser entre autres, des flamants roses, des cols verts, des sarcelles d’hiver, des grands cormorans ou encore les grèbes huppés avec leur petite crête noire. Le mélange eau douce et eau de mer permet à l’eau d’être très saine et riche en plancton. C’est pourquoi la pêche, l’ostréiculture et la mytiliculture (culture des moules) sont les principales activités de l’étang.

Nous nous sommes arrêtés juste à côté du restaurant sur pilotis (sur la commune de Ghisonaccia) qui semble être l’endroit incontournable pour manger les poissons et crustacés de l’étang. Comme je le disais précédemment, nous y étions en mars et le restaurant n’avait pas encore réouvert pour la saison. Nous nous sommes donc contentés d’une petite sieste au bord de l’eau avec les poules et coqs pour nous distraire 🙂
Cliquez-ici pour voir la page Facebook du restaurant.

Après avoir repris des forces, nous nous sommes attaqués à un gros morceau de l’histoire corse: Aléria.

Aléria, aussi appelée Alalia à l’époque phocéenne, bénéficie d’un emplacement idéal. Le village est bâti au sommet d’une colline permettant aux bêtes de pouvoir brouter tranquillement sans être dérangées mais aussi de pouvoir surveiller ce qu’il se passe aux alentours. En contrebas, on utilise les richesses offertes par la nature: déjà les ressources alimentaires que l’on trouve autour des étangs et la mer: poissons, coquillages, crustacés mais aussi les oiseaux ou encore leurs œufs ; on récupère le sel de la mer, ressource très convoitée pour la conservation des aliments; et puis on se sert des roseaux des marécages pour fabriquer différents types d’objets (des nasses pour pêcher par exemple). Cette ouverture sur la mer permet de développer de formidables échanges avec l’extérieur, tant au niveau commercial que culturel, mais elle permet aussi aux envahisseurs de venir facilement coloniser la plaine. En effet, c’est une zone qui a été habitée dès l’époque préhistorique, puis les phocéens sont arrivés, suivis des étrusques (peuple originaire d’Italie Centrale qui est organisé, disposant d’armes et de navires) qui se sont largement installés à Aléria avant que les romains n’arrivent pour mettre la ville sans dessus dessous. La Plaine disposant de nombreuses ressources: les coquillages mais aussi le cuivre, le miel, le liège, le bétail ou encore les minerais, tous voulaient conquérir Aléria.

C’est aux phocéens, les premiers colons, que l’on doit la plantation de vignes et d’oliviers autour d’Alalia. Désireux de développer leur commerce maritime, et d’étendre la négoce de vin avec la Gaule Celtique, les phocéens ont largement contribué à l’installation de la ville. Les étrusques, installés en Sardaigne, en Toscane et en Sicile, ont compris la menace qu’ils représentaient, et ont décidé de leurs déclarer la guerre. S’en suit alors la grande bataille d’Alalia en pleine mer (probablement aux alentours de Bonifacio) où les Etrusques ont battu les phocéens, les obligeant ainsi à quitter Alalia. De là, plusieurs hypothèses subsistent, certains pensent qu’ils ont totalement quitté les lieux, d’autres pensent que les deux peuples ont cohabité paisiblement dans la cité. La seconde option seraient la plus probable d’après les fouilles archéologiques faîtes sur le terrain car ils ont trouvé des objets mélangeant les deux cultures. Les étrusques ont continué à développer le commerce d’Alalia, puis finalement, ce sont les romains qui ont décidé de mettre leur grain de sel. Alalia prend ainsi le nom d’Aléria, et devient la capitale administrative et politique de la Corse. On peut dire que les romains ont mené la vie dure aux autochtones (contrairement aux étrusques), et n’ont pas fait du bien au développement local. Famine, épidémies, rebellions, esclavages, appauvrissement des terres; voila ce qu’ont vécu les corses lors de cette sombre époque. Il faudra attendre plus de 60ans, qu’un dénommé Octave Auguste décide d’implanter une architecture plus aboutie à Aléria avec un forum, des thermes ou encore un amphithéâtre pour redonner un peu de vie à la cité romaine.

Les ressources d’Aléria

Cratère étrusque de « Peirithous aux enfers », le personnage est attaché à un arbre, et est surveillé par un dragon.

Ci dessus, un vase que l’on appelle « Askos » qui pouvait servir par exemple à servir l’huile. Bien souvent, l’askos a une forme zoomorphe (animale). Ici on reconnaît très bien le canard.

Stamnos, vase étrusque qui permettait de récupérer les offrandes solides (comme les grains). Ici, on voit deux personnages chevauchant des dauphins.

Ici, un « rython » à tête de mulet qui servait de gobelet et contenait bien souvent du vin. D’après les philosophes grecs Chaméléon d’Héraclée et Théophraste, on ne donnerait de rython qu’aux héros.

Catherine Mienville-Lanfranchi, connue sous le nom d’artiste « La méduse du Fium’Orbu » s’est amusée à recréer des rythons à sa façon et en s’inspirant des rythons du Musée d’Aléria pour son exposition. Découvrez ici sa Page et ses vidéos.

Si vous souhaitez en lire davantage, je vous recommande la publication mise à disposition par le réseau Canopé, le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques. On y découvre toute l’histoire d’Aléria, ses colonies mais aussi la vie quotidienne et un focus sur les œuvres exposées au musée d’Aléria. Vous pouvez télécharger gratuitement le PDF en cliquant ici. Je vous recommande vivement de le lire, c’est passionnant. Je les remercie d’ailleurs pour cette mine d’informations.

Vous avez d’ailleurs d’autres publications qui sont disponibles si vous cliquez ici. (De la gastronomie corse aux maladies en passant par la création d’un jardin botanique). Vous avez de quoi vous distraire un petit moment 🙂

Et après la visite du musée, vous pouvez accéder au site archéologique des thermes. Je vous invite à relire l’article que j’avais écrit sur les Thermes de Caracalla à Rome pour bien comprendre les différents espaces et lire la recette hardcore du dentifrice made in Roma 😀 Cliquez ici

Informations pratiques:

A seulement 2€ le billet d’entrée, il est impossible de s’en priver 🙂 vous aurez accès au musée Jérome Carcopino puis aux zones archéologiques. C’est un modeste musée, mais qui contient de vrais trésors. Si vous aimez les périodes antiques et la mythologie, je vous conseille vivement cette cité millénaire. Vous aurez en plus un superbe panorama.

Pour accéder au site Officiel de l’Office de Tourisme de la Costa Serena, veuillez cliquer ici et pour découvrir les musées de Corse, ça se passe là.

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